Éirinn Go Brách : Road Trip en Irlande (1/3)

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Lundi matin. L’air est frais, mais le soleil brille et fait scintiller les voitures du parking. Nous sommes à quelques minutes de l’aéroport de Dublin et nous venons de récupérer les clés de la Hyundai Tucson que nous avons louée pour la semaine. Nous avons chargé les valises dans le coffre, programmé le GPS et déplié notre carte de l’Irlande, désigné laquelle de nous cinq s’essayera à la conduite à gauche en premier.

Notre road trip peut enfin commencer.

Day 1 : Aéroport de Dublin → Falaises de Moher → Galway

En quelques heures, nous traversons l’Irlande d’Est en Ouest. Une fois que nous avons dépassé Limerick, l’autoroute se mue en nationale, puis en ruban sinueux à travers la campagne, le long de champs verdoyants bordés de vieux murs de pierres et de lacs paisibles nichés au creux des collines calcaires du Burren.

En début d’après-midi, nous décidons de nous arrêter quelque part pour manger. Le hasard nous mène au Bofey Quinn’s, à Corofin, où nous dégustons notre premier pub grub – pour moi, un plat de smoked fish pie, sorte de Parmentier de poisson au haddock. Après cette pause aussi savoureuse que revigorante, nous reprenons la route vers la première étape de notre road trip : les falaises de Moher.

Grâce aux indications du propriétaire du pub, nous y arrivons rapidement et sans encombre. Nous fermons bien nos manteaux, réajustons nos écharpes, enfilons gants et bonnets tandis que nous gravissons le chemin qui nous mène du parking au Visitor Centre. Le vent souffle. Fort. Il couvre tout, emporte avec lui les bribes de conversation des touristes qui nous entourent. Ce n’est qu’en approchant du bord des falaises que nous commençons à percevoir le bruit de l’océan. Rien, cependant, ne peut vraiment nous préparer à l’immensité de l’Atlantique qui, soudain, s’étend devant nous à perte de vue, ni à la démesure des falaises qui se dressent de part et d’autre.

Nous marchons d’abord jusqu’à la tour O’Brien. Cette partie des falaises a été aménagée pour la rendre accessible au plus grand nombre : cela n’enlève rien à la beauté du site, mais c’est de l’autre côté que l’expérience est la plus saisissante. Là, des panneaux nous recommandent de poursuivre notre promenade le long de l’étroit sentier sécurisé prévu à cet effet ; néanmoins, comme de nombreux autres touristes, nous le quittons presque aussitôt afin de pouvoir approcher du bord des falaises et regarder les vagues s’écraser contre la roche plusieurs mètres en contrebas – spectacle vertigineux, mais irrésistible.

L’après-midi touche à sa fin lorsque nous rejoignons notre voiture. Nous avons réservé un dortoir dans une auberge de jeunesse à Galway, à environ une heure et demie de route des falaises de Moher. Pas de folle soirée en perspective : le temps d’arriver, il nous reste tout juste l’énergie de poser nos valises et d’aller manger un morceau. Nous attendrons le lendemain pour visiter la ville.

Day 2 : Galway → Dingle → Killarney

Galway somnole encore. Les fûts de bière vides s’empilent sur les trottoirs, les éboueurs entament leur tournée matinale. Les enseignes ouvrent une à une, les gens s’arrêtent pour acheter un gobelet de café à emporter et repartent aussitôt – travailler, étudier, promener le chien, le quotidien, tout simplement.

Nous nous baladons dans la ville, sans but précis. Nous admirons les façades ornées et colorées, jetons un coup d’oeil curieux à quelques vitrines, prenons des photos avec une statue d’Oscar Wilde (et par extension d’Eduard Vilde, puisque les deux partagent le même banc, mais pour être tout à fait honnête aucune d’entre nous n’avait entendu parler de ce dernier auparavant). Nous traversons le pont qui enjambe la Corrib et descendons vers la baie de Galway. La plage est mince et grise, l’Atlantique vient gentiment lécher nos baskets. Le même océan qui, la veille seulement, grondait et écumait au pied des falaises de Moher.

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Fin de matinée, nous mettons le cap vers Dingle. Nous achetons des sandwiches, des chips et des petits gâteaux dans une station-service et, malgré la grisaille, nous improvisons un pique-nique à Adare, dans un parc face à l’abbaye. Nous ne le savons pas encore, mais nos plus belles heures de route nous attendent.

En effet, vers le milieu de l’après-midi, nous n’avons pas besoin de panneaux pour comprendre que nous avons atteint la péninsule de Dingle. Tout autour de nous, le paysage se pare de ce vert tendre et éclatant si particulier à l’Irlande, agrémenté des fleurs jaunes des ajoncs et de la laine blanche des moutons qui paissent tranquillement. Au loin, entre les collines, un scintillement laisse deviner l’Atlantique. Dans la voiture, nous observons tout cela avec émerveillement et, quand nous le pouvons, nous nous arrêtons pour prendre quelques photos.

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Dingle même est une jolie petite ville côtière et touristique, non seulement grâce à son emplacement, mais aussi (et peut-être surtout) grâce à Fungie, un dauphin qui a élu domicile dans la baie il y a de cela une trentaine d’années et qui se laisse facilement approcher par les humains. A défaut de pouvoir l’observer en vrai, nous ne manquons pas de nous faire prendre en photo avec sa statue qui trône fièrement à l’entrée du port.

Nous allons ensuite nous promener dans la ville. Nous en profitons pour visiter les magasins qui proposent souvenirs et produits locaux avant de céder au plaisir de s’asseoir un moment dans un charmant salon de thé, où je savoure un bon moka accompagné d’une généreuse part de gâteau au café. Nous faisons quelques pas encore près du port, puis il est temps de repartir. Une petite heure de route qui nous offre l’opportunité d’admirer une dernière fois la beauté des paysages de la péninsule…

Mais Killarney, où nous allons passer la nuit, nous réserve aussi de jolies surprises. Surprises que vous découvrirez avec nous dans le prochain article… 😉

Pour patienter, je vous invite à aller lire le billet de Chroniques Bucoliques, qui a elle aussi participé à ce road trip, dans lequel elle dresse la liste de ses coups de coeur irlandais ♥

Bilan : Janvier

– I thought this was going to be your year.
– I couldn’t even hold it together for one week!

30 Rock 02×01 : « SeinfieldVision »

Janvier est passé. Et (ce qui ne surprendra pas ceux qui me connaissent) je n’ai tenu aucune de mes bonnes résolutions – y compris celle de poster plus souvent sur ce blog ! Histoire de me rattraper (un peu), voici un bilan des choses lues ou vues en janvier.

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Côté lectures, je n’ai pas été très inspirée. J’ai d’abord entamé The Night Circus (Le Cirque des rêves) d’Erin Morgenstern, puis Les Fiancés de l’hiver de Christelle Dabos, mais j’ai bien vite senti que ni l’un, ni l’autre n’était le roman qu’il me fallait à ce moment-là. Je les ai tous les deux mis de côté pour plus tard.

J’ai alors ouvert The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society (Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates) de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows. Eurêka ! Dès les premières pages (ou plutôt, dès les premières lettres, puisqu’il s’agit d’un roman épistolaire), je suis tombée sous son charme.

Londres, 1946. Juliet Ashton, qui s’est fait un nom grâce à ses chroniques pendant la guerre, cherche le sujet de son prochain livre lorsqu’elle reçoit une lettre en provenance de l’île de Guernesey et apprend qu’il y existe un « cercle littéraire d’amateurs d’épluchures de patates ». Intriguée, elle commence à correspondre avec ce petit groupe au nom invraisemblable. L’amour de la littérature, mais aussi les souvenirs de la guerre, les rapprochent rapidement. Juliet décide alors de se rendre sur l’île de Guernesey pour rencontrer ces correspondants auxquels elle est désormais si attachée, sans s’imaginer à quel point ce voyage va changer sa vie…

The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society est un roman drôle et charmant. J’ai beaucoup souri et même ri en le lisant, tant les personnages qui l’habitent sont hauts en couleur et leurs lettres pleines de vie et d’humour. C’est aussi un livre touchant, bouleversant, lorsqu’il évoque les affres du Blitz à Londres et l’horreur de l’occupation des îles Anglo-Normandes par l’armée allemande. L’île de Guernesey tient d’ailleurs une place essentielle dans l’histoire : elle est décrite avec beaucoup de tendresse et on s’y sent réellement transporté•e au fil des pages. Je rêve maintenant de la visiter en vrai, comme Juliet ! En résumé, une belle expérience de lecture que je recommande chaudement.

Côté cinéma, j’ai fait mieux avec un total de 7 films vus ou revus, même si la qualité n’a pas toujours été au rendez-vous. J’ai déjà longuement expliqué en quoi Nocturnal Animals m’a déçue, je ne vais donc pas revenir dessus ici. J’ai décidé de revoir King Arthur (Le roi Arthur) car je n’en avais gardé qu’un vague souvenir… Pas étonnant ! Peu de choses dans ce film méritent qu’on s’en rappelle. Et puis il est long, mais long ! J’ai regardé la seconde moitié avec un doigt sur le bouton « avance rapide ». The Magnificent Seven (Les Sept mercenaires), du même réalisateur, s’en sort un peu mieux malgré, là encore, un certain nombre de longueurs. Jolie brochette d’acteurs (comme dans King Arthur) même si la concentration en testostérone reste très élevée (comme dans King Arthur)…

Blood & Chocolate (Le Goût du sang) est objectivement un gentil navet qui, malgré de bonnes intentions et quelques idées intéressantes, reste maladroit dans l’ensemble et n’a pas très bien vieilli. (Ah, les effets spéciaux du début des années 2000…) Ceci étant dit, je l’ai regardé uniquement pour la présence au casting de Hugh Dancy et, de ce point de vue, il mérite bien un 10/10 😉 Quant à Confessions of a Shopaholic (Confessions d’une accro du shopping), il fait tout simplement partie de mes feel-good movies, ces films que j’aime revoir pour me détendre ou me remonter le moral. Comme d’habitude, Confessions of a Shopaholic a bien rempli sa mission !  (D’autant que, là encore, Hugh Dancy est à l’affiche… Coïncidence ? Absolument pas !)

Belle, lui, est un film touchant, joliment écrit et réalisé, qui prend le parti de traiter d’une grande problématique (le racisme et la lutte pour l’abolition de l’esclavage dans l’Angleterre du XVIIIème siècle) à travers un récit individuel, celui de Dido Elizabeth Belle. La réalité historique n’est pas fidèlement retranscrite mais le message, lui, reste pertinent, en particulier en ce qui concerne la question de la représentation. Belle a un côté « Jane Austen » (un côté austénien ? l’adjectif existe-t-il en français ?) par son esthétique, bien sûr, et puis par la mise en scène des histoires de coeur (heureuses ou malheureuses) de ses héroïnes, mais aussi par son exploration critique de la société dans laquelle évoluent les personnages.

Enfin, Singin’ in the Rain (Chantons sous la pluie) est mon coup de coeur du mois de janvier. J’en connaissais les scènes cultes, bien entendu, et j’avais une vague idée de son synopsis, mais rien de plus. J’éprouve toujours une certaine réticence à regarder des comédies musicales, car c’est un genre que je connais peu et dont je crains toujours le pire, mais Singin’ in the Rain est un film ravissant. Les numéros s’enchaînent, tous plus beaux et entraînants les uns que les autres, mettant en valeur la virtuosité de chacun des acteurs. Je regrette seulement d’avoir attendu si longtemps pour le regarder !

Côté séries, en plus des séries en cours de diffusion que je suis régulièrement, j’ai regardé la troisième et dernière saison de The Fall. Le rythme reste lent, contemplatif, ce qui permet à la série de poursuivre son approche psychologique des personnages et des drames qui se jouent entre ces derniers. Je l’ai trouvée un peu moins prenante que les deux premières saisons, je l’avoue, mais dans l’ensemble The Fall reste une excellente série policière. Paul Spector, joué par Jamie Dornan, est l’un des tueurs les plus réussis de la télévision : il est absolument glaçant et surtout, à aucun moment, la série ne le glorifie ou ne l’excuse/le justifie pour ses actions. (Vous reconnaîtrez peut-être le nom de Jamie Dornan grâce/à cause de Fifty Shades of Grey, mais c’est dans The Fall qu’il excelle véritablement en tant qu’acteur.) Et puis il y a Stella Gibson, l’enquêtrice interprétée par Gillian Anderson. Sachant que je rêve d’épouser Gillian Anderson depuis des années, il est possible que je ne sois pas tout à fait objective, mais Stella fait partie de mes personnages féminins préférés (tous formats et genres confondus). C’est un personnage fort, complexe, résolument et remarquablement féministe, auquel Gillian Anderson confère son incroyable magnétisme. Bref, The Fall est une réussite et je pense qu’elle plaira aux amateurs•trices de séries policières dans la lignée de The Killing, par exemple.

Pour finir (et dans un genre complètement différent !), j’ai craqué pour One Day at a Time [Au fil des jours] dont la première saison est disponible sur Netflix depuis le début de l’année. C’est une série à la fois très drôle et très touchante qui m’a beaucoup émue, en partie parce qu’elle m’a renvoyée (directement ou indirectement) à un certain nombre de mes propres expériences. One Day at a Time parvient à évoquer des sujets sérieux et variés (l’immigration, la religion, le sexisme, le coming out, le divorce, le suivi ou l’absence de suivi médical et psychologique des vétérans de guerre, etc.) sans jamais oublier qu’il s’agit d’abord d’une série comique. Elle dose ainsi avec justesse ses moments graves et parvient à chaque fois à retrouver, en une réplique bien placée, sa légèreté et son humour. Série coup de coeur, donc ! Vivement la saison 2 ♥

Nocturnal Animals

Do you ever feel like your life is turning into something you never intended?

– Susan Morrow, Nocturnal Animals (Tom Ford, 2016)

nocturnal-animals-poster« Ca t’arrive d’avoir la sensation que ta vie n’est pas celle que tu attendais ? » demande Susan, le personnage interprété par Amy Adams, au tout début de la bande-annonce de Nocturnal Animals. Et vous, ça vous arrive d’avoir la sensation que le film que vous regardez n’est pas celui que vous attendiez ? Dans la forme, Nocturnal Animals est bel et bien le film que j’espérais ; dans le fond, en revanche, c’est un film que j’aurais préféré éviter…

« Susan Morrow (Amy Adams), une galeriste d’art de Los Angeles, s’ennuie dans l’opulence de son existence, délaissée par son riche mari Hutton (Armie Hammer). Alors que ce dernier s’absente, encore une fois, en voyage d’affaires, Susan reçoit un colis inattendu : un manuscrit signé de son ex-mari Edward Sheffield (Jake Gyllenhaal) dont elle est sans nouvelles depuis des années. Une note l’accompagne, enjoignant la jeune femme à le lire puis à le contacter lors de son passage en ville. Seule dans sa maison vide, elle entame la lecture de l’oeuvre qui lui est dédicacée… » (Synopsis tiré du site AlloCiné.)

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« Boom, baby! » (I’m back!)

2016 n’était pas terminée lorsque j’ai commencé à rédiger ce billet. Il lui restait quelques jours encore mais, comme John Oliver, j’étais trop impatiente de lui faire mes adieux :

Certes, ça n’a pas été une année entièrement mauvaise. J’ai passé de bons moments et vécu de belles expériences. J’ai voyagé, j’ai rencontré ou me suis rapprochée de personnes qui ont enrichi mon quotidien. J’ai obtenu ma mutation et j’ai ainsi pu rentrer m’installer dans ma région d’origine (♥). J’ai même enfin réussi à relever le challenge lecture que je me lance chaque année (sans succès) depuis 2011 !

Il reste que 2016 a tout de même été une année particulièrement éprouvante à tous points de vue. Sans entrer dans les détails, sur le plan personnel comme sur le plan professionnel, j’ai vécu certains de mes moments les plus rudes. Plus généralement, il faut reconnaître que 2016 a plus d’une fois revêtu l’allure d’un mauvais scénario de fiction dystopique (ou de film d’horreur, au choix). Et ce sans même compter le nombre d’artistes qui ont disparu en l’espace de quelques mois – de David Bowie début janvier à Carrie Fisher fin décembre… (Sérieusement, 2016 ? Sérieusement ??)

Je ne sais pas si 2017 sera une meilleure année que 2016. Elle ne sera sans doute pas plus facile mais, cette fois, je n’ai aucune intention de me laisser abattre. J’ai déjà plus d’un projet pour 2017 et tenir ce blog en fait partie. J’ai donc mis à profit ces dernières semaines pour y faire le tri et en réorganiser le contenu afin qu’il soit (presque, certaines sections sont encore en construction) prêt à accueillir de nouveaux articles. Bientôt, j’espère.

En attendant, puisque rares sont ceux qui, mieux que Neil Gaiman, maîtrisent l’art d’écrire des voeux de nouvelle année, je termine ce billet en partageant avec vous ceux-ci, publiés fin 2012 mais qui, à mon avis, s’appliquent tout aussi bien à 2017 :

It’s a New Year and with it comes a fresh opportunity to shape our world.

So this is my wish, a wish for me as much as it is a wish for you: in the world to come, let us be brave – let us walk into the dark without fear, and step into the unknown with smiles on our faces, even if we’re faking them.

And whatever happens to us, whatever we make, whatever we learn, let us take joy in it. We can find joy in the world if it’s joy we’re looking for, we can take joy in the act of creation.

So that is my wish for you, and for me. Bravery and joy.

– Neil Gaiman, « My New Year’s Wish… » (31/12/2012)

Traduction : Une nouvelle année arrive, et avec elle une nouvelle opportunité de façonner notre monde. Alors voici ce que je souhaite, pour moi autant que pour vous : dans ce monde à venir, soyons courageux – avançons dans le noir sans aucune crainte, et allons vers l’inconnu avec un sourire sur le visage, même si ce sourire est feint. Et quoi qu’il nous arrive, quoi que nous fassions, quoi que nous apprenions, réjouissons-nous. Nous pouvons trouver de quoi nous réjouir dans ce monde si c’est de la joie que nous cherchons, nous pouvons nous réjouir dans l’acte de créer. Alors c’est cela que je souhaite, pour vous comme pour moi. Du courage et de la joie.