Bowie et moi, en trois films

There’s a starman waiting in the sky
He’d like to come and meet us
But he thinks he’d blow our minds
There’s a starman waiting in the sky
He’s told us not to blow it
Cause he knows it’s all worthwile
– David Bowie, « Starman » (1972)

David Bowie et moi, c’est une histoire de cinéma. Mon premier souvenir de lui est un film : Labyrinthe. J’avais dix ans. Oh, bien sûr, comme tout le monde, j’avais sans doute déjà vu ou entendu David Bowie ailleurs auparavant, à la télévision ou à la radio, mais il n’appartenait pas au répertoire musical de mes parents et mon premier véritable souvenir de lui est donc ce film. Ce n’est pas Labyrinthe qui a fait naître ma passion pour David Bowie – même si, déjà, le personnage avait quelque chose de fascinant – mais, des années plus tard, ce sont des films, encore, qui me l’ont fait (re)découvrir. Petit tour des trois films qui m’ont le plus marquée : Velvet Goldmine, Furyo et C.R.A.Z.Y..

David Bowie Performing on Hotel Television

August 1974, Manhattan, New York. Image by Henry Diltz.


velvet goldmine frVelvet Goldmine
(1998)

Je dois avoir environ seize ans. Je parcours le rayon DVD de la Fnac à la recherche d’un film dont m’a parlé l’une de mes meilleures amies. (Héloïse, si tu me lis…) Je le trouve et contemple un moment sa jaquette jaune vif, puis l’homme, costumé et maquillé, qui l’occupe presque tout entière, et enfin ce titre dont j’ignore alors qu’il est tiré d’une Face B de David Bowie : Velvet Goldmine.

Milieu des années 80. Arthur (Christian Bale), un jeune journaliste anglais expatrié aux USA, est chargé d’écrire un reportage sur Brian Slade (Jonathan Rhys Meyers), une star du glam rock britannique des années 70 disparue dans des circonstances aussi brutales que mystérieuses. Arthur se lance alors dans une série d’entretiens avec les figures marquantes de la vie de Brian Slade : son épouse, Mandy (Toni Collette) ; son manager, Jerry Devine (Eddie Izzard) ; et Curt Wild (Ewan McGregor), un chanteur américain avec lequel Brian a entretenu une relation passionnée et créative mais aussi, vers la fin, destructrice. Au fur et à mesure que son enquête progresse et qu’Arthur découvre les facettes secrètes de son ancienne idole, il se replonge dans ses propres souvenirs et mesure l’influence qu’a exercée Brian Slade sur sa vie…

Ce film est une révélation. Puisant clairement son inspiration dans les frasques et les productions des figures des années 70 (David Bowie, Iggy Pop, Lou Reed, Marc Bolan…),  Velvet Goldmine m’initie à un certain type de rock habité par la frénésie créative, par la provocation et la subversion, par les revendications sociales et culturelles, par la construction et la déconstruction de l’artiste, de son (ou ses) personnage(s) et de sa célébrité. Aucune chanson de Bowie ne figure sur la bande-son, le film n’ayant pas reçu son approbation, et pourtant Velvet Goldmine reste ce que je considère comme ma véritable introduction à cet artiste.

http://dai.ly/xh12um

merr christmas mr lawrenceFuryo (Merry Christmas Mr. Lawrence, 1983)

Au lycée, encore. Première ou Terminale, je ne sais plus. C’est l’époque où, en partie grâce à mon professeur de littérature, je découvre véritablement le Cinéma et ses grands réalisateurs. Parmi eux, Nagisa Oshima avec Tabou (Gohatto, 1999), un film d’une beauté et d’une délicatesse, jusque dans la violence, que je n’avais encore jamais vues ailleurs. Alors, quand je remarque que Furyo, un autre de ses films, va être diffusé à la télévision, je ne manque pas de me mettre devant.

Java, 1942 : un camp de prisonniers américains est dirigé par le capitaine Yonoi, un chef japonais à la poigne de fer. A la crainte et au mépris qu’éprouvent les prisonniers et les subalternes du capitaine à l’endroit de ce dernier, s’oppose la résistance étonnante d’un soldat anglais, Jake Celliers. Face à son attitude provocante, Yonoi devient de plus en plus sévère dans le but de faire plier le rebelle. (Synopsis : AlloCiné.)

Furyo est un film remarquable en soi. Je mentirais si j’écrivais que je m’en souviens encore parfaitement ; les détails de l’histoire, au fil des années, se sont estompés, mais l’impression qu’il m’a laissée, elle, est indélébile. J’y ai à l’époque trouvé de nombreuses similitudes avec Tabou – son univers clos, viril, ses codes rigides, ses transgressions qui brouillent les limites entre violence et érotisme – et, plus tard, j’en retrouverai aussi quelque chose dans les romans de Yukio Mishima. C’est cependant David Bowie qui reste le mieux en mémoire. Furyo est un film qui illustre non seulement son talent d’acteur, mais aussi sa présence et son magnétisme, parfaitement capturés par la caméra de Nagisa Oshima. On comprend aisément la fascination ressentie par le personnage de Yonoi (Ryuichi Sakamoto). Dans ce film comme ailleurs, Bowie provoque, trouble, et laisse de lui quelque chose qu’on n’oublie jamais tout à fait.

crazyC.R.A.Z.Y. (2005)

Cette fois, je viens de quitter le lycée. Le campus de mon université se trouve à quelques pas du centre-ville et de ses deux cinémas qui diffusent un peu de tout, des films grand public comme des films d’art et d’essai, la plupart du temps en version originale. Ils nourrissent ma passion grandissante pour le septième art et je m’y rends presque toutes les semaines. C’est dans l’une de ces salles que je vais voir C.R.A.Z.Y. à sa sortie.

C.R.A.Z.Y., c’est d’abord la saga extraordinaire d’une famille ordinaire, entre les promenades en moto pour impressionner les filles, les pétards fumés en cachette, les petites et les grandes disputes… C.R.A.Z.Y., c’est aussi l’histoire de Zac, qui nous parle avec humour et sarcasme du malheur d’être né le jour de Noël, de se sentir différent des autres et de grandir dans une famille de gars auxquels il essaie désespérément de ressembler. C.R.A.Z.Y., c’est enfin le récit de ses tentatives désespérées pour regagner l’affection d’un père, pour qui il est prêt à renier sa nature profonde. De 1960 à 1980, entouré de ses quatre frères, de Pink Floyd, des Rolling Stones et de David Bowie, Zac nous raconte son histoire… (Synopsis : distributeur.)

Ma culture musicale n’est alors pas très étendue (elle ne l’est toujours pas autant que je le souhaiterais, d’ailleurs) mais j’écoute David Bowie depuis deux, trois ans. Petit à petit, je me suis aussi mise au Velvet Underground, à Pink Floyd, T-Rex, Roxy Music… Bref, suffisamment pour se sentir en terrain familier en regardant C.R.A.Z.Y.. Arrive alors cette scène où Zac, le personnage principal, écoute une chanson de David Bowie. La tête de lecture se pose sur le vinyle et les premières notes de « Space Oddity » résonnent dans la chambre de l’adolescent. Zac fantasme et se rêve, d’abord, puis, tandis que la musique gagne en puissance, on le voit danser face à son miroir, le visage barré du fameux éclair d’Aladdin Sane, et chanter, la gorge serrée par l’émotion, « Can you hear me Major Tom? Can you hear me Major Tom? » Et moi, assise sur mon fauteuil de cinéma, bouleversée, je me reconnais en Zac et je me dis qu’aucun autre film ne saura jamais mieux saisir que C.R.A.Z.Y. ce que cela fait d’écouter David Bowie.

Dix ans plus tard, j’écoute toujours David Bowie. « Space Oddity » me colle toujours des frissons. Chaque lecture de mes morceaux ou de mes albums préférés est à la fois retrouvaille et redécouverte. Comme certains autres artistes, certaines autres oeuvres, il a accompagné la fin de mon adolescence, parfois présence réconfortante, parfois guide et révélateur. Sur ses chansons, j’ai pleuré, chanté, dansé, ri aux éclats, embrassé, écrit, voyagé… Autant de parts de moi, nichées indéfiniment au creux de ses notes.

La semaine dernière, en lisant les articles et les témoignages qui ont suivi l’annonce de – quoi ? sa disparition ? son décès, sa mort ? la suggestion d’une quelconque finalité semble incongrue – un message, en particulier, m’est resté à l’esprit et m’a semblé exprimer très exactement ce que je ressentais. Je vous laisserai donc avec ces mots :

« Nous ne pleurons pas [des artistes que nous n’avons jamais rencontrés] parce que nous les connaissions, nous les pleurons parce qu’ils nous ont aidé à nous connaître nous-même. »

Farewell and thank you, David Bowie.

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