Horrorstör

It was dawn, and the zombies were stumbling through the parking lot, streaming toward the massive beige box at the far end. Later they’d be resurrected by megadoses of Starbucks, but for now they were the barely living dead. […] Every morning, five days a week, they dragged themselves here, to the one thing in their lives that never changed, the one thing they could count on come rain, or shine, or dead pets, or divorce: work.
Horrorstör, chapitre 1

Horrostor cover Il se passe quelque chose d’étrange au magasin de meubles Orsk à Cleveland, en Ohio. Ces derniers temps, les employés découvrent, en arrivant le matin, des étagères Kjërring démontées, des piles de gobelets Glans renversées, des armoires Liripip fracassées… Les ventes sont en berne, les responsables de rayon paniqués : les caméras de surveillance ne montrent rien d’anormal. Pour lever le mystère, une équipe de trois employés s’engage à rester sur place toute une nuit. Au coeur de l’obscurité, ils arpentent les allées du showroom désert, courent après d’inquiétants bruits et finiront par se confronter aux pires horreurs… (Résumé tiré du site de l’éditeur français, Milan et demi.)

Au premier regard, Horrostör ressemble à un catalogue Ikea. La couverture en reprend les codes : les couleurs vives et contrastées, les meubles et la décoration arrangés avec soin, les noms aux consonnances scandinaves, jusqu’aux indications de prix et la police d’écriture. A l’intérieur, on trouve même un bon de commande et les conditions de livraison ; et, au début de chaque chapitre, la fiche de description d’un produit (canapé Brooka, table Arsle, armoire Liripip…). C’est donc un livre qui, en tant qu’objet, éveille la curiosité avant même d’en avoir entamé la lecture.

Bien entendu, la fohorrorstor excerptrme reflète le fond. Orsk, le magasin d’ameublement dans lequel se déroule Horrorstör, est explicitement décrit comme une copie conforme d’Ikea. L’histoire est racontée du point de vue d’Amy, une employée d’Orsk qui n’a aucune affection pour son lieu de travail mais qui est bien obligée de faire avec pour gagner sa vie. Le ton est donc incisif et sarcastique, sans pitié pour Orsk/Ikea et leurs stratégies de management et de maketing, et assez drôle dans l’ensemble.

Et puis, rapidement, on se trouve intrigué(e) par les mystérieux incident qui perturbent le quotidien du magasin. Qui peut bien être responsable des verres brisés, des étagères renversées ou bien encore des canapés souillés que l’on y découvre chaque matin ? Un squatteur malintentionné ? Un employé mécontent ? Ou bien s’agit-il, comme certains des collègues d’Amy le croient, de manifestations surnaturelles ?

Je vous laisse l’opportunité de découvrir la réponse par vous-même. Dans un cas comme dans l’autre, le basculement dans l’horreur est brutal mais efficace. Le roman n’évite pas certains clichés du genre mais il y a tout de même deux ou trois scènes particulièrement inquiétantes, voire terrifiantes, selon les sensibilités, et Grady Hendrix ne nous épargne pas les détails horrifiants. La forme du livre, façon catalogue Ikea, évolue également avec l’histoire et renforce l’impression d’être, à l’instar des personnages, prisonnier(ère) du magasin.

J’avoue avoir préféré la première partie du roman. J’ai aimé son ambiguïté, son mélange d’humour critique et de mystère, et, sur le coup, j’ai été surprise et frustrée par le brusque changement d’atmosphère lorsque l’histoire vire pleinement à l’horreur. Ceci dit, comme je l’ai écrit ci-dessus, Grady Hendrix est bel et bien parvenu à livrer un huis clos angoissant que l’on imaginerait par ailleurs très bien marcher au cinéma. L’ensemble est parachevé par une conclusion réussie qui fait que, jusqu’à la dernière page, Horrorstör retient notre attention.

En tout cas, ce qui est sûr, c’est qu’après avoir lu ce roman, je ne verrai plus Ikea de la même façon.

En français :
Horrorstör de Grady Hendrix, traduit de l’anglais par Amélie Sarn et publié par Milan et demi en 2015. 240 pages, 19€.


Extrait : « Le jour venait à peine de se lever. Dans le parking, de drôles de zombies titubaient vers une immense boîte beige. Une dose massive de caféine les ressusciterait, mais pour le moment, ils se déplaçaient comme des morts à peine vivants. […] Tous les matins, cinq jours par semaine, ils se traînaient jusqu’au point névralgique de leurs petites vies. Le seul élément immuable de leur existence, qu’il pleuve, vent ou neige, qu’ils divorcent ou que leur chien meure : leur lieu de travail. » (Trad. Amélie Sarn, 2015.)

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