La Fille du train

original_The_Girl_on_the_Train Ce que j’aime dans les lieux publics, et tout particulièrement dans les transports en commun, c’est observer les gens et imaginer pourquoi ils sont là – d’où ils viennent, ce qu’ils attendent, ce vers quoi ils s’en vont. C’est en quelque sorte le point de départ de The Girl on the Train de Paula Hawkins, publié en France aux éditions Sonatine sous le titre de La Fille du train (trad. Corinne Daniellot). En voici le résumé, tiré du site de l’éditeur :

Depuis la banlieue où elle habite, Rachel prend le train deux fois par jour pour aller à Londres. Le 8 h 04 le matin, le 17 h 56 l’après-midi. Chaque jour elle est assise à la même place et chaque jour elle observe, lors d’un arrêt, une jolie maison en contrebas de la voie ferrée. Cette maison, elle la connaît par cœur, elle a même donné un nom à ses occupants qu’elle voit derrière la vitre. Pour elle, ils sont Jason et Jess. Un couple qu’elle imagine parfait, heureux, comme Rachel a pu l’être par le passé avec son mari, avant qu’il ne la trompe, avant qu’il ne la quitte. Rien d’exceptionnel, non, juste un couple qui s’aime. Jusqu’à ce matin où Rachel voit un autre homme que Jason à la fenêtre. Que se passe-t-il ? Jess tromperait-elle son mari ? Rachel, bouleversée de voir ainsi son couple modèle risquer de se désintégrer comme le sien, décide d’en savoir plus sur Jess et Jason. Quelques jours plus tard, c’est avec stupeur qu’elle découvre la photo de Jess à la une des journaux. La jeune femme, de son vrai nom Megan Hipwell, a mystérieusement disparu…

J’ai trouvé The Girl on the Train un peu par hasard au stand de la librairie anglophone Atout Lire lors du festival Le Livre à Metz. Intriguée par le titre, je me suis arrêtée pour en lire la quatrième de couverture, mais j’ai à peine eu le temps de prendre le roman entre mes mains qu’une jeune femme qui se tenait à côté de moi s’est exclamée : « Oh, j’ai adoré ce livre ! Il est génial ! » Difficile de résister à un tel élan d’enthousiasme !

Maintenant que j’ai lu The Girl on the Train, je comprends sa réaction. C’est un thriller captivant qui m’a rappelé, par certains aspects, Before I Go To Sleep (en français : Avant d’aller dormir) de S. J. Watson. Dans ces deux romans, l’héroïne et narratrice de l’histoire souffre de problèmes de mémoire, ce qui la force à mener une enquête au cours de laquelle elle va sans cesse remettre en question les autres (quels sont ceux qui lui disent la vérité ? quels sont ceux qui profitent de la situation pour la manipuler ?), mais où elle va aussi douter d’elle-même, ne pouvant se fier à ses propres instincts et impressions. C’est un ressort terriblement efficace : le lecteur, déstabilisé, ne peut faire confiance à personne, pas même au « je » qui raconte l’histoire, ce qui rend l’intrigue d’autant plus prenante et oppressante.

Dans Before I Go To Sleep, la narratrice souffre d’amnésie ; dans The Girl on the Train, elle est alcoolique et c’est sa consommation excessive d’alcool qui brouille ses souvenirs et parfois même les efface complètement. C’est cela que j’ai à la fois aimé et détesté chez Rachel et le fait qu’il s’agisse d’un personnage féminin n’y est pas étranger. Vers la moitié du roman, alors que je me sentais de plus en plus agacée par Rachel, j’ai fait l’expérience suivante : j’ai lu un chapitre en imaginant qu’elle était un homme. Tout d’un coup, elle m’a semblé plus supportable. Son alcoolisme, ses sautes d’humeur, sa négligence, son amertume, tout cela paraissait plus acceptable. Malheureusement, ce sont des faiblesses que l’on pardonne plus facilement à un homme qu’à une femme, dans la réalité comme dans la fiction. Je me suis ainsi rendu compte que j’avais moi-même jugé Rachel plus durement à cause de son genre et, à partir de là, j’ai commencé à la considérer autrement et à apprécier davantage la complexité de son personnage.

Il faut dire que le roman de Paula Hawkins repose entièrement sur ses personnages féminins. La narration leur est exclusivement confiée : en plus de Rachel, certains chapitres nous font partager le point de vue de Megan Hipwell, la femme disparue, ainsi que celui d’Anna, la femme pour laquelle le mari de Rachel l’a quittée. Ces trois personnages forment un fascinant triptyque de figures féminines et offrent des portraits à la fois contrastés et étonnamment similaires de femmes, d’épouses et de mères/non-mères.

Cette triple narration contribue à épaissir davantage le mystère de la disparition de Megan Hipwell. La multiplicité des points de vue est à double tranchant : elle permet de fournir au lecteur davantage d’informations et de lui donner l’impression d’avoir une longueur d’avance sur les personnages,  mais l’auteur n’hésite pas à s’en servir pour brouiller les pistes ou provoquer des retournements de situation. Paula Hawkins parvient ainsi à tenir son lecteur en haleine jusqu’au bout et c’est avec frénésie que l’on dévore les derniers chapitres du roman.

En résumé, The Girl on the Train est un thriller à la hauteur de sa réputation qu’il est bien difficile de reposer une fois qu’on l’a entamé. Ses personnages féminins forts et bien écrits justifient la comparaison avec d’autres succès du genre tels que Before I Go To Sleep et Gone Girl. Si vous avez aimé ces derniers, vous allez adorer The Girl on the Train !

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