Lady Killer

lady killer coverBonne nouvelle : Glénat vient de publier en français le premier volume de Lady Killer par Joëlle Jones et Jamie S. Rich, paru l’an dernier aux USA ! Comme je l’ai lu (et adoré) il y a peu, en voici une petite review pour vous encourager à y jeter un oeil.

En anglais, un lady killer est un tombeur – un homme au charme quasi irrésistible, un séducteur auquel une femme aurait bien du mal à dire non. L’expression, que l’on pourrait traduire littéralement par « tueur de dame », s’emploie bien entendu dans le langage courant au sens figuré (même si, parfois, on la trouve utilisée au sens propre – comme dans le film Ladykillers des frères Coen, par exemple).

Or, l’une des choses que j’aime le plus dans la langue anglaise, c’est sa plasticité. Ici, la couverture du premier volume de Lady Killer nous invite à lire l’expression différemment : si l’on considère que lady n’est pas un nom, mais un adjectif qui féminise le mot killer, alors la lady en question n’est plus la victime, mais la tueuse !

Josie Schuller, l’héroïne créée par Joëlle Jones et Jamie S. Rich, est l’incarnation parfaite de la femme au foyer américaine des années 1950. Mariée, mère de deux enfants, elle est aux petits soins avec sa famille, s’occupe des tâches ménagères avec le sourire et organise des soirées cocktail qui ravissent voisins et amis. Ce que son entourage ignore, c’est que Josie est également un assassin hors pair ! Vêtue du tailleur bleu ciel d’une vendeuse à domicile pour s’inviter chez une immigrée russe ou du corset écarlate d’une serveuse de club privé pour éliminer un homme d’affaire, Josie ne rate jamais sa cible. Néanmoins, ses supérieurs commencent à douter de sa capacité à ménager vie familiale et exigences professionnelles… Lorsqu’une mission ne se déroule pas comme prévu, Josie va devoir se montrer plus adroite et impitoyable que jamais pour échapper aux conséquences de ses actes et préserver son morceau de rêve américain.

lady killer fourth coverCe qui m’a donné envie de lire Lady Killer, ce sont ces fausses publicités conçues par Joëlle Jones, l’illustratrice et co-créatrice de la série. Le contraste féroce entre l’élégance rétro des années 50 et la violence meurtrière de Josie donne le ton du comic book. Le dessin est beau et vif sans jamais être trop lisse – il m’a rappelé, par certains aspects, celui des 101 Dalmatiens de Disney. Il convient parfaitement au personnage de Josie : il souligne sa beauté old Hollywood (ses yeux de chats et ses lèvres rouges, ses parures de perles et ses robes cintrées) mais il sait aussi traduire la tension et la brutalité des scènes où Josie exerce ses talents d’assassin professionnel. L’ensemble est un régal pour les yeux et conjugue avec brio une esthétique surannée à la Mad Men et des scènes d’action qui n’ont rien à envier à bien d’autres comic books américains.

L’intrigue repose sur cette même dichotomie. Josie doit sans cesse maintenir l’équilibre entre sa vie personnelle et sa vie professionnelle. Il lui faut éviter d’éveiller les soupçons de sa famille et de ses voisins tout en convaincant ses supérieurs, encore et encore, que ses obligations familiales ne l’empêchent pas de remplir de façon satisfaisante les missions qui lui sont confiées. Bien entendu, il est impossible d’empêcher tout à fait aux deux vies de Josie de converger : il est alors amusant et fascinant de voir avec quelle habileté elle parvient à gérer la situation. Cependant, il arrive aussi que les choses prennent un tour bien plus sombre et dangereux. Ce ressort dramatique n’est pas sans rappeler, par certains égards, des séries telles que Dexter (expert de la police scientifique le jour, serial killer la nuit) ou The Americans (en pleine Guerre Froide, un couple d’espions soviétiques se fait passer pour un couple sans histoires de la classe moyenne américaine). Dans tous les cas, c’est prenant !

Tout cela permet également au comic book de prendre ses distances avec les années 1950 et d’en subvertir plus ou moins subtilement les codes. Les stéréotypes, en particulier les stéréotypes liés à la condition féminine, y sont dénoncés et/ou déconstruits avec une jubilation quasi palpable à certains moments. Josie Schuller est une héroïne résolument moderne et j’ai lu le premier volume de ses aventures avec beaucoup d’enthousiasme. Vivement la suite !

lady killer illu

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