London Spy

You saw me. What I mean is you saw me – and you asked if I was okay. And not like most people ask it, like they’ve asked it a hundred times that day already, you asked it as if nothing else mattered to you. And I thought, how is it that this person, who I’ve never seen before, how are they the only person in the whole world who knows that I’m not okay? And I was sure that if I could just find out your name, if I could just find out who you were, everything would be okay.
– Danny, London Spy ép. 01 : « Lullaby »

london spy posterLondon Spy est une mini-série britannique de cinq épisodes récemment diffusée sur la chaîne BBC Two. Ben Whishaw (Le Parfum, Cloud Atlas, Skyfall) y interprète Danny, un jeune Londonien solitaire, un peu paumé, qui passe ses journées à travailler dans un entrepôt et ses nuits à se divertir dans des clubs. Un matin, son chemin croise par hasard celui d’Alex. Mystérieux, taciturne et pragmatique, parfois maladroit, Alex fascine Danny et les deux hommes tombent rapidement amoureux l’un de l’autre. Lorsqu’Alex disparaît, de façon aussi brutale qu’inexplicable, Danny va tout mettre en oeuvre pour découvrir la vérité. Ce qu’il ignorait jusqu’alors, c’est qu’Alex était en réalité un espion au service du MI6 et que certaines personnes ont donc tout intérêt à empêcher Danny de percer les secrets de l’homme qui partageait sa vie…

NB : le reste de ce billet ne révèle aucun élément clé de l’intrigue (autre que ce qui se trouve dans le premier épisode et les bandes-annonces).

Le point de départ de London Spy se situe à Vauxhall, un quartier de Londres où se côtoient deux milieux : celui des clubs et des boîtes de nuits, principalement fréquentés par la communauté LGBT, et celui des services de renseignements britanniques. C’est en effet à Vauxhall que se trouve le siège du SIS, ou MI6, bien connu des amateurs de films d’espionnage. (Le bâtiment figure notamment dans les deux derniers James Bond, Skyfall et Spectre.)

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Danny (Ben Whishaw) & Alex (Edward Holcroft)

Ce n’est donc pas un hasard si la première rencontre entre Danny et Alex a lieu sur le pont de Vauxhall. C’est l’aube et Danny, esseulé, sort d’un club où il a passé la nuit tandis qu’Alex, lui, entame tout juste sa journée avec une séance de jogging. La caméra les suit, séparément, jusqu’au moment où Alex aperçoit Danny sur le pont et s’arrête pour lui demander si tout va bien. L’échange est bref, mais intense, l’intersection de deux mondes qui d’ordinaire n’existent qu’en parallèle.

Cette mise en relation, littérale autant que métaphorique, du milieu LGBT auquel appartient Danny et du milieu de l’espionnage pour lequel, on l’apprendra par la suite, travaille Alex, constitue la trame de London Spy. D’abord intrigant, ce choix s’avère, au fur et à mesure que la série progresse, particulièrement pertinent. En effet, chacun de ces deux milieux est, à sa manière, caractérisé par ses secrets, ses codes, ses prises de risque.

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Scottie (Jim Broadbent) & Danny (Ben Whishaw)

Lorsque Scottie, le meilleur ami de Danny, bien plus âgé que ce dernier, lui explique comment il parvenait à rencontrer d’autres hommes à une époque où de telles relations n’étaient pas seulement mal vues, mais même punies par la loi au Royaume-Uni, son histoire  prend des allures de récit d’espionnage. Il raconte d’abord la manière de se regarder, de se mesurer, l’espoir de reconnaître en l’autre un semblable ; puis l’échange de signes, subtils, qui pourront soit être interprétés, soit être ignorés sans danger ; et, enfin, la prise de contact, l’aveu de son identité, au risque de se trouver irrémédiablement compromis en cas d’erreur. Scottie pourrait tout aussi bien décrire deux agents secrets cherchant à s’échanger des informations.

La sexualité des personnages constitue un véritable enjeu dans London Spy. De ce point de vue, Danny et Alex sont à nouveau diamétralement opposés : Danny est expérimenté et habitué aux aventures sans lendemain tandis qu’Alex, lui, n’a jamais connu personne auparavant. Pourtant, c’est avec la même fébrilité qu’ils s’approchent l’un l’autre. Leurs scènes de confession, concernant leur passé respectif, leurs attentes, leurs sentiments l’un pour l’autre, revêtent la tendresse et l’intimité de scènes d’amour.

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Danny (Ben Whishaw)

Après la disparition d’Alex, la déconstruction de son identité et de sa relation avec Danny devient le principal moyen de brouiller les pistes. Une fois révélé qu’Alex était en réalité Alistair Turner, un agent du MI6, tout le reste est remis en question, à commencer par sa virginité et, par là-même, son innocence et sa sincérité envers Danny. Quant à Danny, son passé et ses pratiques, supposées ou réelles, sont utilisés pour le discréditer et ôter tout poids à sa parole. Le corps et la sexualité deviennent dès lors terrains du conflit qui oppose Danny, en quête de vérité, à ceux qui voudraient la dissimuler.

On peut y voir une forme de commentaire sur la stigmatisation de l’homosexualité et, tout particulièrement, sur l’hypersexualisation des représentations de la communauté LGBT. Malheureusement, ce qui apparaît d’abord comme une piste de lecture intéressante de London Spy se transforme, vers la moitié de la série, en un amoncellement malvenu de clichés. Le cinéma LGBT, pour de nombreuses raisons (culturelles, sociales, légales…), est un cinéma marqué par les personnages et les récits tragiques. C’est un héritage lourd dont il est encore difficile aujourd’hui de se défaire. On pourrait comprendre le parti pris de London Spy d’y puiser afin de nourrir une réflexion sur la question mais, pour être honnête, l’accumulation des stéréotypes sur cinq épisodes s’avère au final effarante. Je n’en dirai pas davantage pour ne pas spoiler la série, mais la liste est longue.

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Danny (Ben Whishaw)

Il faut avouer que, si les trois premiers épisodes sont plutôt solides, London Spy s’égare dans les deux derniers. L’intrigue devient confuse et chaque nouvelle découverte que fait Danny ne la rend que plus alambiquée et difficile à suivre. Le rythme, inégal, donne lieu à des longueurs incompréhensibles. Enfin, les éléments de résolution apportés par la série ne sont guère satisfaisants. Grande déception après un début aussi captivant.

Il ne faut pas en conclure que je pense que London Spy est une mauvaise série – je ne prendrais pas la peine d’écrire ce billet si c’était le cas. Je trouve son concept de base génial – l’intersection du milieu LGBT et du récit d’espionnage, Vauxhall, la relation entre Danny et Alex – et les trois premiers épisodes en présentent une exploration remarquable. Les acteurs sont tous excellents, à commencer par Ben Whishaw qui porte véritablement la série avec son interprétation admirable et émouvante de Danny. Jim Broadbent, dans le rôle de Scottie, et Charlotte Rampling, dans le rôle de la mère d’Alex, apportent également tout leur talent à London Spy. Il faut mentionner, enfin, la photographie, tout simplement magnifique. Je garderai sans doute longtemps en mémoire certains plans.

Mon seul reproche est que London Spy n’a pas su tenir ses promesses jusqu’au bout. C’est une série qui n’est pas parvenue à exploiter tout son potentiel et c’est bien dommage. Ceci étant dit, je ne regrette pas de l’avoir regardée. Elle possède suffisamment de qualités pour valoir le coup d’y consacrer du temps et il y a tant de choses à en dire que ce billet pourrait facilement faire le double de longueur. Elle a rencontré un certain succès lors de sa diffusion au Royaume-Uni et, même si elle a ses défauts, je suis au final contente que BBC Two lui ait donné sa chance.


Citation : « Tu m’as vu. Ce que je veux dire, c’est que tu m’as vu, moi – et tu m’as demandé si j’allais bien. Et pas comme la plupart des gens le demandent, comme s’ils avaient déjà posé cette question une centaine de fois ce jour-là, tu me l’as demandé comme si rien d’autre n’avait d’importance pour toi. Et je me suis dit, comment se fait-il que cette personne, que je n’ai jamais rencontrée auparavant, comment se fait-il qu’elle soit la seule personne au monde à savoir que je ne vais pas bien ? Et j’étais persuadé que si je pouvais seulement découvrir comment tu t’appelais, qui tu étais, alors tout irait bien. »

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