The Rest of Us Just Live Here

Not everyone has to be the chosen one. Not everyone has to be the guy who saves the world. Most people just have to live their lives the best they can […] all the while knowing that the world makes no sense but trying to find a way to be happy anyway.
The Rest of Us Just Live Here, Chapter 15

the rest of us (uk)Les rayons de littérature jeunesse foisonnent de romans dans lesquels des adolescents en apparence ordinaires se retrouvent confrontés à des choses extraordinaires : loups-garous, magiciens, dieux et démons, fantômes, mutants… La liste est longue ! Cependant, même dans ces romans, tous les personnages ne peuvent être les héros. Alors qu’en est-il du reste ? De tous ces autres adolescents qui ne sont ni Percy Jackson, ni Numéro Quatre, ni Clary Fray, ni même leurs compagnons d’aventure, mais qui peuplent pourtant les mêmes pages qu’eux ? Eh bien, ils sont plutôt comme Mikey.

Mikey, 17 ans, ne possède ni pouvoirs, ni destinée hors du commun. Tout ce qu’il veut, c’est obtenir son diplôme de fin d’études, profiter du dernier été avant que lui et ses amis du lycée ne se séparent, et, peut-être, parvenir enfin à avouer ses sentiments à Henna. Sauver le monde, ça, c’est la responsabilité de ceux que Mikey surnomme les « indie kids ». A eux, génération après génération, d’affronter vampires, zombies, extraterrestres et autres créatures du genre. Mikey, lui, espère juste avoir l’occasion d’aller au bal du lycée avant que les indie kids ne fassent (encore) exploser l’établissement dans leur combat pour protéger l’humanité.

Comme vous l’aurez sans doute deviné, The Rest of Us Just Live Here est un roman qui parodie gentiment les succès de la littérature « young adult ». L’auteur, Patrick Ness, y a glissé de nombreuses références plus ou moins subtiles. Il fait ainsi allusion, entre autres, à Twilight (« don’t even get me started on when the indie kids fell in love with and then defeated all the vampires a few years back »), Percy Jackson (« when Jared’s granddad was a teenager, they had Gods ») ou bien encore à Nos étoiles contraires (« this is worse than when they were all dying beautifully of cancer »).* De manière générale, Ness s’amuse à pointer du doigt les clichés du genre : les prénoms peu courants des indie kids (Satchel, Kerouac, Finn…), leur tendance à tomber amoureux dès le premier coup d’oeil, leur souffrance de ne pouvoir être compris par le commun des mortels, leur habitude d’aller chercher des informations à la bibliothèque plutôt que sur Internet, l’ignorance (ou le refus d’admettre qu’il se passe quelque chose d’étrange) des adultes autour d’eux…

the rest of us chapter 1

The Rest of Us Just Live Here, chapitre 1

Une bonne partie de l’humour de The Rest of Us Just Live Here repose ainsi sur le décalage entre la vie de Mikey et les aventures des indie kids. Au lieu d’être au coeur du récit, comme c’est habituellement le cas, les indie kids et leurs péripéties sont relégués à un simple paragraphe au début de chaque chapitre. Le reste de l’histoire est raconté du point de vue de Mikey et, même s’il lui arrive de croiser les indie kids ou d’assister à des évènements hors du commun (un rayon bleu au beau milieu de la forêt ou une cavalcade de cerfs dans un quartier résidentiel, par exemple), ce n’est pas ce qui le préoccupe le plus. En effet, en tant qu’adolescents ordinaires, Mikey et ses amis savent que rien de tout cela ne les concerne directement. Ils se contentent donc de faire confiance aux indie kids et continuent à vivre leur vie de leur côté en attendant.

On pourrait craindre que le quotidien de Mikey, dans lequel le fantastique ne fait irruption que de façon ponctuelle et accidentelle, ne fasse pâle figure comparé à ce qui arrive aux indie kids. Bien au contraire, Mikey est un personnage auquel on s’attache très vite. Il en va de même pour son groupe d’amis : Mel, la grande soeur de Mikey, avec laquelle il partage des stratégies pour se soutenir et se protéger face à des parents qui ne tiennent pas leur rôle ; Jared, le meilleur ami pour lequel Mikey éprouve une affection sans borne et sur lequel il peut toujours compter, tout en craignant avoir davantage besoin de lui que Jared n’a besoin de Mikey ; et enfin Henna, dont Mickey est amoureux depuis longtemps, mais à laquelle il n’ose avouer ses sentiments de peur de gâcher leur amitié. Et puis il y a Nathan, le nouveau venu, dont Mikey se méfie et dont la présence va perturber la dynamique bien établie du groupe.

the rest of us just live here (us)On s’intéresse d’autant plus à ces personnages que Mikey est un narrateur drôle et incisif, mais aussi fragile et émouvant. Sa voix d’adolescent, juste et franche, explore sans détours la complexité de ses relations avec sa famille et ses amis. C’est aussi ce qui permet au roman d’aborder des sujets sérieux, voire graves, tels que l’alcoolisme, les troubles psychologiques, la sexualité, le besoin d’adultes et la souffrance causée par leurs manquements, l’acceptation de soi, sans pour autant devenir pesant. Ce sont là les problèmes concrets, réels, qui font partie de la vie de Mikey et qui ne sont ni plus, ni moins importants que les innombrables dangers auxquels sont confrontés les indie kids.

Au final, The Rest of Us Just Live Here n’est pas qu’une simple parodie d’un certain type de littérature jeunesse. A travers son roman, Patrick Ness évoque de façon réussie cette période intense, parfois difficile, mais touchante qu’est la fin de l’adolescence. Il célèbre ainsi l’héroïsme de ses personnages en montrant que, indie kid ou adolescent ordinaire, chacun a ses monstres à affronter et qu’il faut parfois autant de courage pour terrasser une créature surnaturelle que pour survivre à une simple journée au lycée.

NB : The Rest of Us Just Live Here n’a pas encore été traduit et publié en France mais je tâcherai de le signaler dès que cela sera le cas.


Citation : « On ne peut pas tous être l’élu. On ne peut pas tous être celui qui sauve le monde. La plupart des gens doivent juste vivre leur vie du mieux qu’ils peuvent […] tout en sachant que le monde n’a aucun sens, mais en essayant de trouver un moyen d’être heureux quand même. »

* « Ne me parlez même pas de la fois où les indie kids sont tombés amoureux de tous ces vampires avant de les combattre il y a quelques années. » / « Quand le grand-père de Jared était adolescent, ils ont eu affaire à des Dieux. » / « C’est encore pire que quand ils étaient tous en train de mourir admirablement d’un cancer. »

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